Lauréate du prix de la Meilleure série dramatique lors du 27e Festival de la Fiction de La Rochelle en septembre dernier, L'Affaire Laura Stern s’impose comme un thriller social puissant. La série aborde de façon frontale un sujet rarement exploré en fiction : la responsabilité collective et l’impuissance institutionnelle face aux féminicides et aux violences faites aux femmes. Incarnée avec force par Valérie Bonneton, elle suit Laura — pharmacienne et mère de famille, fondatrice d’une association d’aide aux femmes victimes de violences — qui, confrontée à l’inaction de la police et de la justice, finit par basculer elle-même dans la violence pour protéger les autres. Créée et écrite par Marie Kremer et Frédéric Krivine, et réalisée par Akim Isker, cette mini-série de quatre épisodes de 52 minutes est diffusée depuis le 22 janvier 2026 sur HBO Max en France et en Belgique, puis sur France Télévisions à partir du 19 février.
À l’occasion de cette diffusion, Léa Gabrié et Emmanuel Daucé, producteurs chez Tetra Media Fiction (Groupe TM Studios), ainsi que Julia Schulte, directrice des ventes internationales chez France tv distribution, reviennent sur ce projet engagé et inédit, à la forte portée internationale.
Unifrance : La série aborde le féminicide et les violences faites aux femmes à travers la question de la responsabilité collective, voire de l’impuissance, en adoptant la forme d’un thriller social. Qu’est-ce qui vous a motivé à porter ce projet ?
Léa Gabrié & Emmanuel Daucé : Ce projet, créée par Marie Kremer et Frédéric Krivine, portait en son essence une forme de radicalité. Il posait un regard nouveau sur un sujet que l’on pense connaître. À force d’en entendre parler à la radio, aux JT, dans les articles, on croit identifier ce que sont les violences faites aux femmes et les féminicides, mais il existe en réalité une carence et une sous-représentation. En portant ce projet avec la confiance de France 2, l’idée n’était pas de choquer, mais pas non plus d’édulcorer. Il y avait un parti pris qui ne peut laisser indifférent.
Julia Schulte : Chez France tv distribution, nous soutenons pleinement la démarche consistant à aborder ce sujet de société. Bien qu’il ait déjà été traité, il ne l’a jamais été de cette manière en série. Le projet nous a convaincus dès la lecture par la grande qualité de son écriture, puis nous a définitivement séduits lors du visionnage. Il s’agit d’une fiction profondément touchante, portée par une narration forte et haletante, ainsi que par un réalisme remarquable dans le jeu des comédiens et les dialogues.
Ce sujet traverse l’ensemble des sociétés à travers le monde, à des degrés divers. Quels aspects de la série vous semblent les plus susceptibles de trouver un écho à l’international ?
Julia Schulte : Nos acheteurs européens, tout comme nous et l’ensemble du groupe France tv, sont particulièrement attachés à la défense des causes des femmes. Dans la série L'Affaire Laura Stern, cette dimension est d’autant plus marquante qu’elle met en scène une femme courageuse qui devient, à sa manière, une actrice engagée de ce combat. Ses actions soulèvent de véritables questions de morale, nourrissent un débat fort et offrent un réel potentiel d’engagement du public — c’est, à mon sens, l’une des grandes forces de la série.
Léa Gabrié & Emmanuel Daucé : Cette série reçoit déjà un accueil favorable à l’étranger, car chacune et chacun peut, quelque part, s’identifier au personnage de Laura, une femme ordinaire qui rejette l’insupportable, et ce, quelles que soient les cultures. Cela nous fait penser à la série espagnole « Querer » ou à « Maid » aux États-Unis. Elles traitent d’un sujet de société avec une telle délicatesse et une telle empathie qu’elles nous révoltent autant qu’elles nous touchent.
Le personnage de Laura est celui d’une femme ordinaire, révoltée par les violences faites aux femmes. Ce choix constituait-il un parti pris pour favoriser l’identification des publics, jusqu’au moment où elle bascule elle-même dans la violence ?
Léa Gabrié & Emmanuel Daucé : Oui, on pourrait dire que, d’une certaine manière, Laura est une téléspectatrice de France Télévisions qui est témoin d’un féminicide, puis se retrouve impuissante face à la mort annoncée de Camille… Comme Laura, cette téléspectatrice n’a plus d’autre choix que d’agir.
Laura est incarnée avec sensibilité et justesse par Valérie Bonneton, que l’on découvre ici dans un registre inédit, loin de ses rôles de comédie. Comment ce choix de casting s’est-il imposé ?
Léa Gabrié & Emmanuel Daucé : C’est d’abord une idée du réalisateur Akim Isker, qui s’est ensuite immédiatement imposée à nous tous : scénaristes, diffuseur et producteurs. Valérie Bonneton, parce qu’elle est entrée dans les foyers des Français depuis tant d’années, notamment grâce à son rôle de Madame Lepic dans « Fais pas ci, fais pas ça », nous a semblé être la comédienne parfaite pour incarner cette femme si proche du public, qui ne supporte plus ces violences faites aux femmes.
Et nous avions tous l’intuition que Valérie, qui est une grande actrice de comédie, démontrerait à travers ce rôle qu’elle est, tout simplement, une grande actrice.
La série retranscrit avec réalisme le quotidien des associations locales d’aides aux femmes. Pouvez-vous revenir sur le travail de documentation qui a nourri le récit et la mise en scène ?
Léa Gabrié & Emmanuel Daucé : Dès les premières étapes d’écriture, les auteurs ont contacté des associations, et Marie Kremer a ainsi participé à plusieurs réunions d’association à Marseille. Puis, pour préparer le tournage, Akim Isker a rencontré des associations telles que Inform’elles à Metz et Arélia Asso à Nancy, villes dans lesquelles nous avons tourné la série. Certaines femmes issues de ces associations ont d’ailleurs fini par jouer dans la série, au sein de l’association de Laura, Femmes Debout.
Disponible depuis le 22 janvier 2026 sur HBO Max (France, Belgique), puis sur france.tv à partir du 19 février 2026, quel accueil la série a-t-elle reçu jusqu’à présent et quelles sont vos ambitions à l’international ?
Julia Schulte : Nous sommes très fiers du partenariat avec HBO Max pour L'Affaire Laura Stern, qui constitue un gage supplémentaire de la qualité et de l’originalité de la série. Celle-ci a, d’ores et déjà, été vendue à plusieurs diffuseurs européens particulièrement exigeants, et nous sommes convaincus qu’elle dispose d’un fort potentiel pour séduire aussi bien les acheteurs de diffuseurs linéaires, publics comme privés, que les plateformes (annonces à venir…).
Léa Gabrié & Emmanuel Daucé : La série bénéficie d’un accueil que nous avons rarement observé. Nous avons la chance d’être soutenus par une presse très positive, de tous bords et de tous horizons, ce qui montre que ce sujet dépasse les clivages. Depuis sa diffusion sur HBO, le public partage des témoignages extrêmement émouvants, qui devraient s’amplifier avec sa mise en ligne gratuite sur la plateforme de France Télévisions.
© Raoul Gilibert - France Télévisions - Tétramédia

























