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Les brèves

22 juin 2018 à 16:59

Chiaki Omori, chargée des acquisitions pour Shôchiku

La Shôchiku est une des plus anciennes sociétés cinématographiques japonaises. En activité depuis 1920, elle produisait des spectacles de kabuki depuis 1895. La Shôchiku a produit Ozu, Kurosawa, Imamura, Kitano et Hou Hsiao-hsien parmi tant d'autres, mais c'est aussi l'une des figures majeures de la distribution cinéma au Japon, ainsi que de l'exploitation. Et le cinéma français les intéresse particulièrement...

UniFrance : La Shôchiku, qui produit majoritairement et distribue ses propres films, distribue très peu de films étrangers, en moyenne 4  par an. Pourtant, en 2019, 3 films français figureront parmi ces 4 films : La Promesse de l'aube, Tout le monde debout et Le Retour du héros. Pourquoi ce choix ?
Chiaki Omori : Notre politique éditoriale actuelle est de se concentrer sur les films plutôt destinés à un public féminin. Notre cinéma étendard, le Shinjuku Piccadilly, à Tokyo, possède un label, Prime Label, qui accompagne des films s'adressant aux femmes. Ma mission est de trouver des films pour ce label, des films qui véhiculent des idées et des valeurs positives, avec un minimum de potentiel commercial, de fait il s'agit rarement de films art & essai. Ces 3 films français répondent parfaitement à ce que l'on cherche, d'autant qu'ils placent la famille et les relations familiales au coeur de l'intrigue, et avec une description optimiste des liens familiaux, ce qui est très important pour les films produits ou distribués par la Shochiku. Certes, ces films ont pour protagonistes principaux des hommes, et notre label cherche à mettre les femmes en valeur, mais finalement, les personnages féminins y sont très forts, qu'il s'agisse de Mélanie Laurent, inattendue dans Le Retour du héros, Charlotte Gainsbourg dans La Promesse de l'aube ou Alexandra Lamy dans Tout le monde debout. Nous travaillons très attentivement au marketing de ces films en direction des femmes, car nous savons que si c'est un public majoritairement masculin qui viendra les voir, cela ne suffira pas en terme de chiffres. Pour nous, ce sont les femmes, et le bouche-à-oreille positif qu'elles peuvent effectuer, qui va faire la différence.

Quelle est votre stratégie de distribution pour ces films, et qu'en attendez-vous d'un point de vue commercial ? 
Nous les sortons d'abord dans un circuit de 20 salles, situées dans les villes-clés pour le cinéma au Japon : Tokyo, Yokohama, Nagoya, Osaka, Kyoto, Fukuoka et Hokkaido. Ce circuit peut progresser et atteindre 80 salles. Mais ce sont les exploitants qui décident, même s'il s'agit de salles Shochiku : ils ont l'entière indépendance de la programmation, aussi, en tant que distributeurs, nous devons souvent nous battre pour faire exister les films le plus longtemps possible. Même si la deuxième semaine est meilleure que la première, les programmateurs auront tendance, à partir de la troisième semaine, à réduire la taille des salles ou à cantonner les films à des horaires moins intéressants. Il faut dire que Shinjuku Piccaddilly est un des plus importants complexes cinématographiques du Japon, pas forcément par sa taille mais par son prestige, et donc la compétition entre distributeurs y est féroce, et y proposer un film français est compliqué. En même temps, ce cinéma, qui diffuse beaucoup de films extrêmement commerciaux, a besoin de ce type de programmation pour montrer au public qu'il leur propose aussi "autre chose". L'équilibre est souvent difficile à trouver.
Nous sortons prochainement Le Retour du héros parce que l'année dernière, nous avons sorti Un homme à la hauteur, avec déjà Jean Dujardin devant la caméra et Laurent Tirard derrière, et que ce film a été un succès pour nous, avec près de 50.000 entrées. C'est le chiffre qui correspond à peu près à ce que nous attendons quand nous sortons un film français.

Pensez-vous qu'il y a un vieillissement du public japonais qui s'intéresse aux films étrangers ?
Peut-être. Mais ce qui est frappant avec le public plus jeune, c'est qu'il s'agit d'un public capable d'aller voir n'importe quoi, à partir du moment où c'est dans l'air du temps, même si cet air du temps est extrêmement volatil. Ce public, instable mais très recherché, se moque de savoir s'il s'agit de films étrangers ou japonais, grand public ou art & essai : ils veulent voir quelque chose "d'intéressant". Si un des films français que nous sortons leur paraît soudain "cool", ils viendront. Ils ne constituent pas une cible, car on ne peut rien prédire à leur sujet. Ils ont plein de choses à faire, plein de choses à voir, tout s'adresse plus ou moins à eux, en fait, mais si quelque chose se passe avec eux, c'est formidable. Il y a quelques mois, nous avons sorti The 9th Life of Louis Drax, un film américain du réalisateur français Alexandre Aja, qui ciblait un public mature, mais le protagoniste étant un enfant de 9 ans, plutôt mignon, et on a soudain vu une foule de jeunes femmes venir voir ce film, juste pour le comédien ! Cela a duré le temps de quelques jours, et la passion de ce public s'est dissoute aussi vite qu'elle est apparue. L'intérêt du ciblage d'un public plus mature, c'est de faire vivre les films plus longtemps. C'est tout le problème aujourd'hui des films étrangers au Japon. Le fossé entre les films à succès et les films plus modestes, plus complexes à distribuer, s'agrandit de plus en plus. Ce n'est pas qu'un phénomène local, c'est assez universel. Mais nous pensons que le cinéma français s'en sort bien : nous avons sorti un film hollandais il y a 2 ans, et nous avons bien compris qu'il n'y avait pas de marché pour le cinéma hollandais ! Alors que le Japon reste loyal et fidèle à la culture et au cinéma français. Nous en achèterons toujours. Et un lieu comme ce marché du film français à Tokyo est une aide essentielle pour nous, pour nous aider à continuer de sortir des films français.

Auteur : Service Communication

Dernière mise à jour : 23 juin 2018 à 16:59 CEST

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