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L'Anglaise et le Duc

L'Anglaise et le Duc

Un Long métrage de Éric Rohmer

Produit par Compagnie Éric Rohmer

Sortie en France : 07/09/2001

    Synopsis

    Sous la Révolution, la vie périlleuse d'une belle anglaise royaliste résidant en France et ses relations, tantôt tendres, tantôt orageuses, avec le duc d'Orléans, cousin de Louis XVI, mais acquis aux idées révolutionnaires. Elle parvient à le persuader de l'aider à sauver un proscrit, mais non à le dissuader de voter la mort du roi.

    Acteurs (34)

    Production et distribution (4)

    Production Déléguée :

    Compagnie Éric Rohmer

    Exportation / Vente internationale :

    Pathé Films (ex Pathé Distribution)

    Box Office : cumulé

    Box Office : chronologie

    Sorties à l'international (32)

    PaysDistributeurAcheteurDate de sortie

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    Propos

    Le critique Jean-Michel Frodon souligne que ce film se rattache moins à la problématique du film en costumes, abordé déjà deux fois par Rohmer (La Marquise d'O en 1976, Perceval le Gallois en 1978) qu'à l'ensemble de son oeuvre. C'est en effet à partir d'un point de vu moral, la volonté indéfectible de son héroïne de combattre l'opportunisme et les compromis, que l'histoire s'engage. Rohmer dit aussi de son héroïne :

    "Elle est témoin de choses horribles, elle rend compte des moments les plus violents. Je les ai même montrés d'une façon un peu édulcorée, ça aurait pu être plus violent, le cortège qui portait la tête de la princesse de Lamballe devait être beaucoup plus terrible, les descriptions d'époque sont atroces, c'est le corps entier coupé en morceaux et qu'on avait traîné, et d'autre part les gens plus ou moins avinés étaient peut-être plus sales, plus sanglants. Ce cortège était constitué d'éléments qu'on appellerait maintenant incontrôlés, des gens souvent sans emploi, qui cherchaient l'aventure, comme les casseurs aujourd'hui. Certains agissent ainsi par goût de la violence, d'autres par intérêt, il y a beaucoup de pillage à ce moment-là, des pillards qui étaient poursuivis par les gardes nationaux".

    Ce point de vue moral est donc très anti-révolutionnaire mais, comme le souligne Marc Ferro en introduction à "Révoltes, révolutions, cinéma" (Centre Pompidou) : en dehors de La Marseillaise de Jean Renoir, on constate "l'absence totale de films globalement favorables" à la Révolution française. Et encore le cas de La Marseillaise n'est-il pas définitivement tranché car en faisant de Louis XVI le personnage le plus sympathique de son film, il n'est pas certain que Renoir n'est pas inconsciemment mais efficacement détourné la commande de la CGT. L'Abolition des privilèges et La Déclaration des droits de l'homme semblent aujourd'hui les seuls lambeaux symboliques positifs de la Révolution Française que la marche vers la Terreur a condamnée aux poubelles de l'Histoire pour avoir renié la valeur fondatrice de nos sociétés : la démocratie.

    Rohmer n'a ainsi pas écrit une épopée comme ont pu le faire Griffith dans Naissance d'une nation ou Eisenstein dans La ligne générale qui étaient en totale empathie avec l'Histoire. Mais, en privilégiant le point de vue de ceux qui sont malmené par le courent dominant de l'époque, Rohmer n'a pas fait non plus une épopée de la Résistance comme Melville dans L'armée des ombres ou, plus récemment Youssef Chahine dans Le destin.

    En privilégiant le point de vu "moral" sans chercher à incarner un héros, Rohmer se range du côté de ceux pour qui l'art et le subjectif est le seul moyen d'accéder à la vérité. L'utilisation des décors peints relève de cette même recherche d'une vérité subjective.

    "Mon objectif était de renforcer l'impression de vérité. Dans la mesure où je montre des toiles peintes, je voulais établir ce parti pris d'emblée. Ensuite, j'ai fait comme si mes personnages étaient des êtres picturaux, des êtres de tableaux, qui accèdent à la vie. Grâce à ce préambule, on y croit davantage, il justifie les décors, et que les personnages aient une façon d'agir un peu ancienne : on sait que ces gens viennent de tableaux, qu'ils sont attachés à leur époque, et ça permet de ne pas douter d'eux. On peut croire en eux parce que les caractéristiques de l'époque telles qu'on les connaît par les peintures leur sont attachées, et elles sont plus vraies que les caractéristiques que pourrait leur donner une reconstitution par la photographie....
    Un espace peint, c'est-à-dire artificiel, mais rendant visibles la continuité et l'ampleur de l'espace réel qu'il figure, est plus vrai que l'espace fait d'éléments réels, photographiés, comme on fait souvent au cinéma, en les empruntant à des emplacements séparés et hétérogènes - un coin de rue ici, une fenêtre ailleurs, Paris prétendument reconstitué avec des images prises à Pézenas, Uzès ou au Mans...
    L'artificialité de la peinture a été dictée par la recherche de la vérité...
    J'ai une vision artistique du monde. Je pense que seul l'art permet de voir le monde passé, il y a plus de vérité dans un tableau que dans une photographie, à moins que celle-ci ne soit faite par un artiste. Pour moi, la beauté est sur le chemin de la vérité, elle n'empêche pas de voir la vérité, elle en est la condition....
    La stylisation du monde par la peinture apporte un ton, un esprit qui est celui de l'époque. Au contraire des historiens, je prétends qu'il faut voir le monde non avec nos propres yeux mais avec les yeux des contemporains. Cela engendre non pas la vérité, mais une vérité, à mon sens la plus précieuse. Je ne dis pas que tout le monde doit faire de même, mais je trouve que le style des peintures, la lumière des peintures recèlent une vérité, celle que je cherche. Peut-être pas une vérité historique, mais une vérité artistique."

    L'Anglaise et le Duc présente ainsi le paradoxe qui fonde le genre du film historique : c'est en s'appuyant sur la subjectivité que le cinéma peut apporter un témoigne historique valide dont sont incapables les épopées. On peut toutefois être un peu perplexe sur les modèles picturaux choisis par Rohmer, tirées d'aquarelles de musée Carnavalet et dont la valeur artistique ne se hisse pas au niveau des toiles d'Elisabeth Vigée Lebrun que ses intérieurs suggèrent parfois.

    L'emprunt au théâtre semble plus convaincant, notamment lorsque Grace raconte la scène des massacres de septembre pendant lesquels on a porté la tête de la duchesse de Lamballe au bout d'une pique et auxquels elle a échappé de peu. Cette scène de narration est dramatiquement inutile. Nous avons déjà vu la scène, mais l'émotion de Grace la rend plus émouvante la seconde fois.

    Rohmer dit encore :

    "Je renoue avec l'esthétique des grandes fresques historiques du temps du muet, comme Cabiria ou Intolerance. Dans ce cas, la peinture m'a paru plus efficace que les outils proprement cinématographiques, comme le montage ou le champ-contrechamp, qui ne m'auraient rien apporté..."

    Pourtant, il opère de vrais choix cinématographiques : l'épopée privilégie les mouvements (des foules, des armées) et l'opposition plan général (sur la foule) et gros plan (sur le héros ou le brave soldat). Le film moral, qui confronte l'objectif et le subjectif, oppose des espaces dans lesquels domine chacun de ces deux modes : intérieur/extérieur, hors Paris/dans Paris, intime/public, proche/loin, propre/sale.

    L'opposition est bien tranchée : Grâce domine dans les intérieurs bourgeois, notamment à Meudon, dans la sphère intime et a une nette préférence pour l'histoire vue de loin (scène emblématique de l'exécution du roi vue à la longue vue). Les révolutionnaires dominent dans la rue, dans Paris surtout, font l'histoire au plus prêt et dans l'immédiateté et sont affreusement sales (il faut un sachet de lavande pour dissiper leurs mauvaises odeurs).

    Mais Rohmer ne met en place cette opposition que pour mieux en jouer. Il ne veut pas faire un film ennuyeux et exclusivement pédagogique. En transgressant ses choix, il génère du suspens. Les barrières de Paris, fermées, seront franchies. Le couvre-feu sera bravé et Grace sortira dans la rue. Dans, sa maison les intrus ne cesseront d'entrer depuis le Duc qui pénètre dans ses appartements avant qu'elle n'ai fini sa toilette jusqu'à Champcenetz qui se cachera dans son lit en passant par les intrusions nombreuses et menaçantes des gardes nationaux.

    L'Anglaise et le Duc, qui part du sentiment pour aboutir à la vérité et de la théorie pour générer le suspens révèle plus que jamais les capacités du cinéma à s'inscrire dans le débat contemporain. En cela Eric Rohmer et Nanni Moretti sont bien les continuateurs des Rossellini et Visconti de Paisa ou du Guépard.

    Bibliographie :
    L'article de Jean-Michel Frodon dans Le Monde du 04/09/2001
    Les Cahiers du cinéma n°559, juillet-aout 2001
    Plaquette de l'Association Française des Cinéma d'Art et d'Essai

    Source : cineclubdecaen.com

    Photos (6)

    Générique détaillé (17)

    Productrice déléguée :

    Françoise Etchegaray

    Producteurs exécutifs :

    Pierre Rissient, Roland Pellegrino, François Ivernel, Romain Le Grand, Léonard Glowinski

    Directrice de la photo :

    Diane Baratier

    Assistants son :

    Frédéric de Ravignan, Nathalie Vidal

    Directeur de production :

    Antoine Beau

    Monteuse :

    Mary Stephen

    Auteur de la musique :

    Jean-Louis Valero

    Casting :

    Marion Touitou

    Distributrice à l'étranger :

    Ilda Santiago

    Producteur associé :

    Pierre Cottrell

    Scénariste :

    Éric Rohmer

    Ingénieur du son :

    Pascal Ribier

    Assistant opérateur :

    Florent Bazin

    Attachés de presse (film) :

    François Hassan Guerrar, Aude Thomas

    Décorateur :

    Antoine Fontaine

    Bruiteurs :

    Jonathan Liebling, Fabien Adelin

    Costumiers :

    Pierre-Jean Larroque, Gilles Bodu-Lemoine

    Mentions techniques

    Long métrage

    Genre(s) :

    Fiction

    Sous-genres :

    Historique, Animation 2D - 3D

    Thèmes :

    Histoire

    Langue de tournage :

    Français

    Autre pays coproducteur :

    France

    EOF :

    Inconnu

    Nationalité :

    100% français (France)

    Année de production :

    2000

    Sortie en France :

    07/09/2001

    Durée :

    2 h 5 min

    Etat d'avancement :

    Sorti

    Numéro de visa :

    98.636

    Visa délivré le :

    30/07/2001

    Agrément :

    Oui

    Formats de production :

    35 mm

    Type de couleur(s) :

    Couleur

    Cadre :

    1,85

    Format son :

    DTS

    Affiches (5)

    Réalisateur

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    Sélections en festivals (8)

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    Festival du Film Francophone de Grèce (Grèce, 2002)

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    Sélection

    Cinéma International

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    Les César du Cinéma Français (France, 2002)

    Sélection (2)

    Meilleurs costumes : Pierre-Jean Larroque

    Meilleur décor : Antoine Fontaine

    Festival international du film de Rotterdam - 2002

    Festival international du film de Rotterdam (Pays-Bas, 2002)

    Sélection

    Sélection officielle long-métrage

    TIFF - 2001

    TIFF (Canada, 2001)

    Sélection

    Sélection officielle

    Délégations