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Les Enfants terribles

Les Enfants terribles

Un Long métrage de Jean-Pierre Melville

Produit par Melville Productions

Sortie en France : 29/03/1950

    Synopsis

    Après la mort de leur mère, Élisabeth et Paul, frère et sœur orphelins livrés à eux-mêmes et liés par une affection exclusive, vivent ensemble dans leur grand appartement parisien. Ils se sont construits un univers chimérique régi par de sibyllins symboles. Leur chambre est un véritable sanctuaire où trône un « trésor » chargé d'une signification également connue d'eux seuls. Élisabeth rencontre Michaël et l'épouse, mais, le jour suivant, il meurt lors d'un accident sans que leur mariage ait été consommé. Elle hérite de la fortune de Michaël, dont un vaste hôtel particulier où Paul vient la rejoindre avec leur fameux trésor. Gérard, un camarade de Paul et son amie Agathe, qui ressemble étrangement à Dargelos (un collégien que Paul idolâtre), viennent bientôt habiter avec eux. Mais lorsqu'Élisabeth comprend que l'amour naît entre son frère et Agathe, telle une divinité grecque, une sorte de Parque, elle tisse une toile machiavélique afin que son frère ne puisse lui échapper.

    Acteurs (11)

    Production et distribution (3)

    Production Déléguée :

    Melville Productions

    Distribution France :

    Gaumont

    Exportation / Vente internationale :

    Cinexport

    Diffusions TV : Cumulé

    Diffusions TV : détail par pays

    Propos

    Point de vue

    Les amateurs du cinéma de Jean-Pierre Melville risquent fort d’être déstabilisés à la vision de ce film étrange qui doit autant, sinon plus, à Jean Cocteau qu’au réalisateur du Samouraï. Il serait donc judicieux de mettre un temps de côté les films policier de Melville, qui ont fait sa renommée, avant de se pencher sur ces Enfants terribles et de se livrer à des comparaisons farfelues. C’est Jean Cocteau, pris par la préparation de son Orphée et admiratif du Silence de la mer (1948), premier film du cinéaste, qui fit appel à ce dernier pour adapter à l’écran son propre roman paru en 1929. Cette collaboration ne se passa pas sans heurts, comme semble le démontrer le résultat mitigé de ce travail en commun. Cela dit, l’honnêteté m’enjoint à avouer d’entrée ma déception relative devant ce film, pourtant intéressant à plus d’un titre, d’autant plus que Jean-Pierre Melville reste l’un des mes cinéastes favoris (de même que l’œuvre de Cocteau est chère à mes yeux, notamment son chef-d’œuvre La Belle et la Bête).

    Les relations furent donc plutôt tendues entre Jean Cocteau et Jean-Pierre Melville. Par exemple, l’écrivain imposa l’acteur principal au réalisateur qui le trouvait trop âgé et physiquement inadapté pour le rôle de Paul. De même, Melville dut se battre contre l’avis de Cocteau pour confier le rôle de Elisabeth à Nicole Stéphane. La musique fut aussi un point d’achoppement, et Melville eut le dernier mot en optant pour deux compositions classiques (les concertos de Bach et Vivaldi), un choix qui se révéla d’abord fort judicieux pour souligner le caractère obsessionnel du récit, et surtout précurseur en la matière. Le tournage lui-même fut également mouvementé. Il est probable que l’une des conséquences malheureuses de ce conflit larvé soit le jeu passablement figé et légèrement caricatural des comédiens en général. Les dialogues très écrits et un rien sentencieux de Cocteau entrent également en ligne de compte et risquent aujourd’hui de faire sortir plus d’un spectateur du film. Car il faut aimer la voix et le phrasé de Cocteau (c’est bien lui qui interprète la voix off) et l’emphase qui la caractérise souvent pour goûter à la poésie de l’écrivain.

    « Le meilleur roman de Jean Cocteau est devenu le meilleur film de Jean-Pierre Melville. » Cette citation de François Truffaut a beaucoup fait pour la reconnaissance critique des Enfants terribles. Melville fut justement célébré par les jeunes trublions de la Nouvelle Vague qui en firent avec raison l’une de leurs influences majeures. Mais il est permis de ne pas être d’accord avec Truffaut, même si l’on comprend bien la résonance qu’a pu avoir ce film pour l’auteur des 400 coups. A ce titre, l’utilisation de la musique classique, couplée à la voix off élégante et révélatrice des sentiments intérieurs des personnages, a du fortement marquer son esprit puisqu’on la retrouvera plus tard dans ses propres œuvres. La bataille de boules de neige se déroulant au lycée, scène qui ouvre Les Enfants terribles, et son traitement (musique et montage) ont également, et sans aucun doute, influencé François Truffaut. Mais avec le recul, et au vu de la carrière de Jean-Pierre Melville, on peut se demander en quoi ce film serait supérieur au Deuxième souffle (1966), au Samouraï (1967), à L’Armée des ombres (1969) ou au Cercle rouge (1970). Jean-Pierre Melville restera avant tout comme un créateur de formes, secret et méticuleux, dont l’art touche finement à l’abstraction, et dont la mise en scène révolutionna totalement le traitement du film policier et ses personnages.

    Il n’en reste pas moins que Les Enfants terribles apporte son lot de surprises et de richesses. Cocteau et Melville livrent une œuvre hallucinatoire, mettant en opposition deux êtres qui se livrent à des jeux obsessionnels et pervers, et parviennent à établir par ce biais une relation d’amour/haine. Une relation étrange et licencieuse qui, progressivement, contamine tous les personnages qui gravitent autour d’eux. Jusqu’à un final destructeur dont on ressent l’inéluctabilité dès lors qu’on commence à entrevoir les ressorts psychologiques de ces deux êtres. Melville met en scène un dérangeant spectacle de l’intimité, par moment sulfureux, dans la chambre à coucher qui sert de repaire pour Elisabeth et Paul, en ayant souvent recours à des cadrages rendant compte de l’isolement et de la promiscuité entre le frère et la sœur. Un spectacle souligné aussi par la voix off déclamatoire, compassée et un brin tautologique de Jean Cocteau. Les deux personnages que sont Gérard et Agathe, dès qu’ils pénètrent dans cet antre maudit, sont à la merci des du couple et deviennent la proie de leur petits manèges. Pour Paul et surtout Elisabeth, tout se réduit à un jeu. Ils jouent avec les conventions familiales et sociales, mais dans un pur souci de gratuité, et se livrent ainsi à un simulacre de vie qui inscrit l’œuvre dans la tragédie.

    La réalisation de Jean-Pierre Melville a recours a des angles parfois insolites, des recadrages signifiants et quelques mouvements de caméra portée insidieux pour mettre en évidence l’intimité froide et pathologique entre ces deux jeunes adultes, ainsi que l’atmosphère glaciale qui baigne les décors. La lumière de Henri Decae, un directeur de la photographie qui joua un grand rôle dans les innovations amenées par la Nouvelle Vague, participe de cette étrangeté visuelle en jouant sur l’équilibre entre les clairs-obscurs et la dureté de l’éclairage, et sur la perspective des décors intérieurs. Le revers de la médaille de ce système figé dans cette description cauchemardesque d’une réalité faussée par ses principaux protagonistes est une certaine théâtralité qui peut devenir pesante quand tous ses principaux éléments caractéristiques (voix off, dialogues, interprétation) fonctionnent à plein régime. Le travail de Jean Cocteau est certainement à l’origine de ce sentiment, mais on retrouve parfois la grâce et la fantaisie qui dépeignent son œuvre comme lors de la séquence du rêve d'Elisabeth, ou celle des dialogues s’effectuant par le truchement de la pensée qui témoignent du lien étroit et quasi "fusionnel" entre le frère et la sœur. Enfin, a blondeur lumineuse des deux personnages ne laissent aucun doute sur la paternité réelle des Enfants terribles.

    Les accusations d’inceste proférées par l’Eglise catholique lors de la sortie du film démontrent que le spectacle proposé reste d’une audace sans pareille pour l’époque. Le désordre psychique mis à l’œuvre dans cette tragi-comédie aux accents baroques et le jeu intense et parfois déstabilisant de Nicole Stéphane finissent par emporter le morceau malgré les réserves qu’on peut émettre devant l’artificialité de ce spectacle à la fois tourmenté et empesé, audacieux et monocorde.

    Source : dvdclassik.com

    Photos (8)

    Générique détaillé (18)

    Assistants à la réalisation :

    Claude Pinoteau, Serge Bourguignon, Michel Drach, Jacques Guymont

    Auteur de l'œuvre originale :

    Jean Cocteau

    Voix off :

    Jean Cocteau

    Ingénieur du son :

    Jacques Gallois

    Directeur de production :

    Jean-Pierre Melville

    Décorateurs :

    Jean-Pierre Melville, Emile Mathys

    Costumier :

    Christian Dior

    Mixeur :

    Jacques Carrère

    Orchestrateur de la musique :

    Paul Bonneau

    Dialoguiste :

    Jean Cocteau

    Scénaristes :

    Jean Cocteau, Jean-Pierre Melville

    Directeur de la photo :

    Henri Decaë

    Assistant son :

    Maurice Dagonneau

    Assistants monteurs :

    Colette Charbonneau, Claude Durand

    Auteurs de la musique :

    Johann Sebastian Bach, Giuseppe Torelli, Antonio Vivaldi

    Chef maquilleur :

    Hagop Arakelian

    Narrateur :

    Jean Cocteau

    Photographe de plateau :

    André Dino

    Mentions techniques

    Long métrage

    Genre(s) :

    Fiction

    Sous-genres :

    Adaptation littéraire

    Thèmes :

    Enfance

    Langue de tournage :

    Français

    Autre pays coproducteur :

    France

    EOF :

    Inconnu

    Nationalité :

    100% français (France)

    Année de production :

    1949

    Sortie en France :

    29/03/1950

    Durée :

    1 h 47 min

    Etat d'avancement :

    Sorti

    Numéro de visa :

    9473

    Visa délivré le :

    24/03/1950

    Agrément :

    Inconnu

    Formats de production :

    35 mm

    Type de couleur(s) :

    Noir & blanc

    Cadre :

    1,37

    Format son :

    Mono

    Affiches (7)

    Réalisateur

    Sélections en festivals (2)