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Nocturne Birman

Un Long-métrage de Alain Mazars

Produit par Catherine Dussart Production (CDP)

Année de production : 2019

    Production et distribution

    Production Déléguée :

    Catherine Dussart Production (CDP)

    Propos

    Note d'intention du réalisateur

    Après avoir réalisé trois longs métrages et un moyen métrage en Birmanie, j'ai décidé de réaliser de façon totalement indépendante ce film qui propose une autre vision de la maladie mentale dans un pays en pleine mutation politique.

    Le peuple birman n'en étant qu'au tout début de sa sortie du long tunnel d'une dictature qui a duré plus d'un demi-siècle, il n'existe à ce jour aucun documentaire, ni aucune étude sur la maladie mentale au Myanmar. Aujourd'hui, psychiatrie et psychothérapie dans ce pays de 56 millions d’habitants n'en sont qu'à leurs débuts, avec seulement deux hôpitaux psychiatriques qui refusent toute approche des médias. À ce jour, le seul endroit ouvert à tous les malades mentaux et exclus de la société birmane est celui qui est montré dans ce film. Apparemment porteur d'un message de cohabitation pacifique dans un pays déchiré par les tensions ethniques et religieuses, ce lieu m’est apparu d’emblée énigmatique et mystérieux dans son fonctionnement. Aussi ai-je décidé de montrer dans ce film cet endroit singulier à travers la découverte que peu à peu j’ai fait de lui, sous la forme d'un journal filmé.

    Je suis allé à la rencontre de ceux qui travaillent dans ce village. Quel regard portent-ils sur la maladie mentale ? Kyat Thet Htut, l’un des rares psychiatres du pays et le seul à intervenir en tant que bénévole dans le centre, a une vision de la folie qui repose essentiellement sur la tradition birmane : selon lui, le désir et la colère sont les causes profondes de la maladie mentale. Le psychologue Saw Thett Htun, ancien prisonnier politique birman, dit avoir résisté mentalement à la torture grace à la méditation. L’énigmatique Sayadaw, omniprésent dans toute la vie du centre dont il est le fondateur, pionnier d’une thérapie très particulière de la maladie mentale, a amené l’occidental que je suis à se poser beaucoup de questions. J’ai été surpris de découvrir que dans chaque « clinique » du village, les patients mentaux ne sont pas isolés des autres malades. Je devais enqueter au préalable pour savoir qui est considéré par les soignants comme patient mental. J’ai rencontré ainsi plusieurs schizophrènes. L’un d’entre eux était un un ancien « devin » utilisant ses « voix intérieures » pour prédire l’avenir des gens ; la maladie peut ainsi avoir un effet jugé utile au sein de la société birmane. Il y avait aussi des personnes agées, abandonnées de tous et désorientées, souffrant de graves problèmes de mémoire et dont l’état mental m’est apparu très proche de celui de nos vieillards en Occident. D’autres m’étaient désignés comme malades mentaux à cause d’une colère intérieure qui me semblait pourtant, à moi européen agnostique,

    justifiée : ainsi ces deux malheureux musulmans déprimés par leur triste destin et éprouvant des difficultés à l’accepter, perdus au milieu des bouddhistes parmi lesquels ils sont toutefois ici tolérés. J’ai pu constater qu’au Myanmar, le fait de ne pas etre bouddhiste peut etre vu comme un facteur pouvant favoriser l’apparition de la maladie mentale. J’ai aussi été impressionné par le témoignage d’une nonne très érudite et réfléchie dont la pathologie n’avait rien d’évident. Mais, meme si la frontière entre folie et santé mentale peut se révéler poreuse, j’ai été frappé par un point commun entre toutes ces personnes : toutes vivent dans la peur. J'ai cependant pu observer que chez les birmans, les émotions ne s’expriment pas de la meme façon qu’en Occident. Les sourires et le calme apparent doivent souvent etre interprétés comme une façon de masquer terreur et détresse. Il n'en reste pas moins que, compte-tenu de leurs comportements traditionnellement réservés et pudiques, les personnages de ce film ont eu beaucoup de courage pour se livrer face à la caméra d’un étranger. J'ai donc refusé de faire appel à un traitement « choc » avec une dénonciation frontale qui les aurait mis en danger. Au fil du tournage, je me suis rendu compte qu’actuellement, malgré le changement de régime de novembre 2015, la peur demeure si inscrite en chaque citoyen birman que la liberté d'expression reste encore une utopie. Et n’est-ce pas la peur, dans son expression extreme, qui mène à la folie ?

    Le regard d'un pays sur la maladie mentale et sa guérison reflète sa culture et sa politique. Ne peut-il pas aussi aiguiser notre lucidité sur notre monde occidental ?

     

    Mentions techniques

    Long-métrage

    Genre(s) :

    Documentaire

    Origines :

    France, Birmanie

    EOF :

    Non précisé

    Année de production :

    2019

    Sortie en France :

    Durée :

    1 h 5 min

    Etat d'avancement :

    Agrément :