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Le Territoire

Le Territoire

Un Long métrage de Raoul Ruiz

Produit par NEW WORLD.PICTURES.

Sortie en France : 19/01/1983

    Synopsis

    Des jeunes touristes (américains et français) partent en randonnée dans la forêt avec leurs enfants. Très vite leur guide les abandonne. Ils se retrouvent perdus dans "le territoire", une zone qui résiste à l'entendement. Non seulement leur carte ne correspond pas au territoire, mais surtout le territoire se refuse à leur logique.

    Acteurs (6)

    Production et distribution (2)

    Production Déléguée :

    NEW WORLD.PICTURES.

    Distribution France :

    Hors Champ

    Propos

    Propos

    Le Territoire (1981), 38ème film de Raoul Ruiz, tourné en quelques jours au Portugal, est une sorte de film d'aventure (sans chasse au trésor), mâtiné de film d'horreur (sans que rien de véritablement horrible ne soit vu), et plus sûrement un film métaphysique teinté de fantastique et de merveilleux.

    Ce divertissement macabre sur le thème du cannibalisme met en scène un groupe d' américains (deux couples, deux enfants) et leur guide, partis en forêt pour une excursion. Il s'inspire d'un fait divers survenu dans la Cordillière des Andes après une catastrophe aérienne. Wenders utilisa les acteurs du film pour son Etat des choses tourné au même moment. Yann Lardeau note à ce propos ("Cahiers du cinéma" n°343) : "Le lieu de tournage, les acteurs étant les mêmes, on peut légitimement considérer L'état des choses comme un document sur Le Territoire et un hommage à Ruiz". C'est en effet en voyant les rushes du Territoire que Wenders décida de tourner son film.

    Henri Alekan (chef opérateur de La Belle et la Bête (1945)) a su tirer parti d'un décor minimaliste (des rochers et des arbres), pour opérer une fusion entre réel et fantastique dans l'alternance du jour et de la nuit et de zones temporelles indéterminées (utilisation étonnante de filtres de couleur).

    Très vite, le guide va disparaître et notre groupe va se perdre dans Le Territoire, une sorte de "zone", un espace fictionnel qui n'est pas sans rappeler  celui du Stalker (1979) de Tarkovsky. Prisonniers de cet espace, nos héros n'en saisissent pas les contours.

    Entre onirisme sobre, réalisme parfois cru, "rationnalités" de la société (occidentale) et irrationnalité d'un groupe de personnes livrées à elles-mêmes, Raoul Ruiz distille avec son humour habituel une étrangeté inédite qui sait raviver des peurs archétypiques liées à l'enfance, décrivant avec finesse les étapes par lesquelles les personnages du film évoluent. Ils ne comprennent pas les règles de ce récit anthropologique qui, comme rarement sans doute au cinéma, nous rapproche d'un sentiment archétypique : le geste chez Ruiz est un continent à part entière qui nous plonge dans un autre temps de l'humanité. Autre, lointain, et si proche, si constitutif à la fois. Il suffit pour le comprendre de voir cette image des mains qui touchent des ossements : ce que Ruiz met en scène ici, c'est le présent de la perception confronté à une représentation intemporelle de l'humanité. En Effet, pour Raoul Ruiz, comme il l'écrit quelque trente ans après ce film dans un texte paru dans Positif (n°553 mars 2007), Le Cinéma, art de l'ombre : "C'est grâce à l'âme des os, cette cathédrale engloutie, que le film archétype peut se manifester".

    Nos personnages sont désarmés face à leurs propres représentations, dans un territoire qui semble ne plus respecter les conventions de la perception, mais qui malgré l'usage "défamiliarisant" qu'en fait Ruiz, reste la plupart du temps réaliste. Là réside sans doute un point important qu'aborde ce film : la perception de la réalité dépend de nos représentations, de notre langage. La zone d'incertitude qui se dévoile dans le territoire est celle des représentations qui agissent comme des filtres dans notre rapport aux choses, thème cher au cinéaste.

    La force et l'étrangeté du film tiennent à ce que ce ne sont pas seulement les représentations évoquées par l'histoire et les personnages - c'est -à-dire les représentations explicitées par les formes admises de ce genre de film - mais plus fondamentalement, des représentations de spectateur de cinéma, qui sont convoquées dans le partage de cet espace cinématographique. Tout se joue dans la valeur accordée à la distance vis-à-vis de la représentation (sujet ruizien), qui ici s'intègre de manière inédite dans la trame du récit (là encore pensons à l'usage des filtres de couleur, mais aussi par exemple à l'image du crâne dans l'espace qui fait écho à l'os de 2001, Odyssée de l'espace). Ou en d'autres termes, à partir de quel moment et dans quelles conditions, une représentation cinématographique devient-elle reflexive ? A partir de quel moment  le spectateur prend-il du recul vis-à-vis de ce qu'il voit ? Dans Le Territoire, ces frontières sont ténues, et c'est dans cette incertitude que le spectateur prend sa place. Il est l'un des personnages, qui tente de retrouver son chemin dans l'espace cinématographié.
    Le cinéma comme constructeur d'espaces de représentation, mais aussi comme mise en place mise en scène d'un espace narratif pertinent qui permet ce déplacement des limites et des frontières cinématographiques, se concrétise par le biais d'une conception du temps, une gestion de temporalités au sein du film, qui donnent corps si l'on peut dire, aux appréciations, évaluations de l'espace : Eléments naturels et gestes sont contextualisées par différentes temporalités - possibles probables ou crédibles ou contradictoires.

    La nature, filmée dans cette durée - une temporalité sans véritable repère autre que le jour et la nuit - acquiert un caractère particulier qui nous emmène petit à petit vers un au-delà de l'histoire. On peut penser à Coppola, Malick ou Ichikawa : si Le Territoire n'est pas un film de guerre, il renvoie à un type de présence de la nature comparable à celle convoqué par ces auteurs dans certains de leurs films (Apocalypse Now, Les feux dans la plaine ou La ligne rouge par exemple).

    Le film renvoie au thème de l'humanité dépendante d'une nature qui la dépasse, dans laquelle elle n'est qu'un élément. Il convoque en nous des images fantastico-ancestrales, merveilleusement primitives (la peur de la nuit, l'étrangeté de la nature, etc.), privilégiant des degrés contradictoires de notre spectature à un récit dont la linéarité diégétique assure la tension dramatique chez d'autres cinéastes.

    Cependant, l'homme (et son intériorité) privé de ses repères n'est pas seulement mis dans le film en opposition avec la nature, devant mener un combat contre les éléments : il devient élément du territoire, mieux il est celui par qui le territoire advient. Ainsi, le thème du cannibalisme n'est-il pas un simple symptome narratif : la faim provoque une fusion de l'homme avec la nature, une incorporation de l'homme par l'espace. Peut-être le film réussit-il à induire un sentiment d'indifférenciation entre l'homme et son environnement.

    Cela se produit dans une probable référence à Tarkovski, ou en tout cas une proximité : dans Stalker, nous regardons le personnage qui contemple un espace qui renvoie à son intériorité : souvenons-nous du "C'est plutôt sombre, hein professeur ?". Dans Le Territoire, le Stalker est le spectateur qui affronte les contours de sa conscience par identification non pas à un personnage, mais à l'espace même du film et donc à un cadre collectif. Le geste se transforme sous nos yeux en un retour vers ce qui a précédé l'h(H)istoire.

    C'est cette tension d'identification que Le Territoire met en scène et propose de dépasser dans l'acquisition par le spectateur d'une conscience spatiale par le biais du cinéma. L'espace dépouillé en partie de sa contemporanéité devient ainsi la matrice d'une réinvention de la perception et le film, la possible modélisation d'une communauté de représentation, une promesse constructive. Chez Ruiz, l'éclatement, la dispersion, la multiplication, sont souvent l'occasion d'un retour à soi. Ici c'est dans la variation d'échelle de la perception du temps que se joue la recherche d'un espace commun.

    Le film peut plus classiquement être abordé comme une critique de la société dont les individus ont intériorisé les normes au point de ne plus pouvoir exister sans elles. Il ne se borne cependant pas aux conventions de genre(s) et propose une narration qui détourne les codes, là aussi en jouant avec la valeur de distanciation.

    A un moment du film, un enfant se tient contre un cadavre pour se réchauffer. Cet incroyable moment de cinéma mêle les sentiments et sensations les plus opposés et les plus extrêmes. Il se déroule dans  la pénombre. Seule une voix d'enfant, mais nous sommes cet enfant, se fait entendre dans la nuit cosmique...

    C'est souvent par là, par la voix, que Ruiz réussit à focaliser, à rassembler les différentes et contradictoires formes de distanciation en un point qui concentre le récit de ses rêves. A l'image du cri que l'on peut entendre  dans Combat d'amour en songe, autre film "portugais".

    © Pierre-Alexandre Nicaise

    Source : lecinemaderaoulruiz.com

    Générique détaillé (7)

    Assistant à la réalisation :

    François Ede

    Scénaristes :

    Raoul Ruiz, Gilbert Adair

    Ingénieurs du son :

    Joaquim Pinto, Vasco Pimentel

    Auteur de la musique :

    Jorge Arriagada

    Mentions techniques

    Long métrage

    Genre(s) :

    Fiction

    Sous-genres :

    Horreur, Thriller

    Langue de tournage :

    Anglais

    Origines :

    Portugal, Etats-unis, France

    EOF :

    Inconnu

    Nationalité :

    Minoritaire français (Portugal, Etats-unis, France)

    Année de production :

    1982

    Sortie en France :

    19/01/1983

    Durée :

    1 h 40 min

    Etat d'avancement :

    Sorti

    Agrément :

    Inconnu

    Formats de production :

    35 mm

    Type de couleur(s) :

    Couleur

    Cadre :

    1,66

    Format son :

    Mono