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L'Hypothèse du tableau volé

L'Hypothèse du tableau volé

Un Long métrage de Raoul Ruiz

Produit par INA - Institut National de l'Audiovisuel

Sortie en France : 04/04/1979

    Synopsis

    L'histoire se déroule entièrement dans une demeure bourgeoise vaste et presque vide. Dans cette maison, un collectionneur de tableaux examine dans le détail une collection de sept tableaux du peintre Frédéric Tonnerre, élève et disciple de Gérôme. Mais on ne peut en voir que six car l'un, le quatrième dans la série, a été volé. À condition de dévoiler entre eux des liens cachés, ces tableaux recèlent une énigme que le collectionneur élucide en utilisant la technique des tableaux vivants, c'est-à-dire leur reconstitution en scènes grandeur nature, par des figurants immobiles. Ce procédé lui permet de déployer observations, remarques, analyses. De tableau en tableau apparaît progressivement un monde mi-réel mi-imaginaire, ésotérique et historique. On y trouve Diane chasseresse, des Templiers face à des Sarrasins dans un contexte de croisades, un scandale dans une famille bourgeoise, et des sociétés secrètes car tout au bout de l'énigme la reconstitution culmine dans une cérémonie occulte autour de la figure mythique du Baphomet. À plusieurs reprises les explications du collectionneur, de plus en plus précises et étayées, débouchent sur des questions insolubles dont la réponse est alors supposée se trouver dans le tableau manquant.

    Source : Wikipedia

    Acteurs (17)

    Production et distribution (2)

    Distribution France :

    Hors Champ

    Diffusions TV : Cumulé

    Diffusions TV : détail par pays

    Propos

    Ce nouveau film du cinéaste chilien Raoul Ruiz est troublant. Troublant par sa facilité d'écriture, de mise en abîme et d'intelligence de sa mise en scène, de jeux de cache-cache entre la voix in du collectionneur et celle, off, du commentaire dont on ne saura jamais à qui elle appartient et d'où elle provient. (c'est l'une des parts de mystère dont s'entoure le film. Nous le verrons, ce n'est pas le seul). Troublant aussi par la prestation du très regretté Jean Rougeul, dont la « sortie » (c'est son avant-dernier film avant de disparaître) est impressionnante, le visage impassible et détendu menant le récit de main de maître. Troublant enfin par la subtilité du sujet. Et de quel sujet s'agit-il ? Un collectionneur présente l'ensemble de sa collection de tableaux peints par le peintre Tonnerre. Ce dernier est un peintre pompier et imaginaire dont le nom connote à l'évidence un art du superflu et du superficiel. On imagine sans peine l'éclair qui s'associe à la consonance de son nom. Cette visite est constamment hantée par une absence : la disparition d'un tableau. On découvre peu à peu que chacun des tableaux a une relation et prend un sens qu'avec les autres. Des énigmes apparaissent, se défont pour aussitôt se reformer.

    Rebondissement et complication de l'intrigue. Raoul Ruiz a eu la subtilité de « corser » cette visite par l'adjonction de « tableaux vivants » (c'était d'ailleurs le premier titre du film) d'acteurs, immobiles, qui miment chacun des tableaux. Le collectionneur examine, ausculte ces corps figés, fissurés parfois par d'infimes mouvements qui troublent l'ordre de la représentation afin d'éclairer quelques mystères, de percer quelques secrets. La fin du film est une cascade de scandales qui, tous, ont trait à la sexualité. Ils proviennent de la découverte du culte de Baphomet, imaginé par Pierre Klossowski dont la collaboration avec Ruiz, dans ce film, est une réussite. Il s'agit d'un être androgyne dont les origines remontent à l'époque des Templiers. Il serait bon de préciser maintenant que le film devait être au départ un documentaire sur Klossowski mais Ruiz a débordé la commande de l'Institut National de l'Audiovisuel, afin de construire une fiction qui pénètre subtilement et intelligemment dans l'univers de l'auteur de La Révolution de l'Édit de Nantes.

    Force du sujet. Qui, à part Orson Welles, se risquerait à présenter ainsi les aléas de la représentation ? le vrai et le faux, le savoir et l'ignorance, la vérité et le mensonge, etc. ? dont le film se nourrit ? Qui, surtout, se risquerait à le faire aussi dangereusement sans tomber dans la trappe du didactisme, voire dans l'attrape-nigaud du parallèle entre les arts, cheval de bataille des benêts de l'avant-garde ?

    Force d'écriture. Patiemment, de film en film, Raoul Ruiz atteint un seuil où l'?uvre se cristallise, s'épure, mûrit. Et cette maturité provient essentiellement de l'aboutissement d'un long travail qui a coïncidé avec son arrivée en France, ce que les amis Claude Chabrol et Éric Rohmer désignèrent, à propos de l'implantation du très Britannique Alfred Hitchcock en Amérique, par cette formule convaincante : « Le dépaysement servit de catalyseur ».

    Dans ce film, il est question de jeux d'imbrications à partir de l'absence d'un tableau qui, à chaque fois qu'il est évoqué, permet d'évacuer et de résorber les mystères dans « l'hypothèse du tableau volé ». Imbrication de leur représentation, de leur histoire, de leur récit. Imbrication de Jean Rougeul dans les tableaux vivants jusqu'à en devenir un des éléments (un des acteurs ?) Imbrication des voix de Jean Rougeul et du commentaire (qui pourraient bien, parfois, nous faire penser à certains des meilleurs films de Marguerite Duras, je pense à La Femme du Gange ou à India Song), ce qui provoque quelques pointes d'humour (que l'on ne trouve pas, que je sache, dans les films de Marguerite Duras). Cette ironie transgresse le sérieux de ce discours sur la Représentation et ses jeux d'illusions, sur l'Art, toujours tourné en dérision avec ce Tonnerre bidonnant et sur le Cinéma, art de l'illusion.

    Dans ce dispositif qui éclaire le récit sans jamais en donner toutes les clés, il y a des infinités de trésors que le spectateur, en position d'interpellé, peut explorer à loisir. Jean Rougeul, je le répète, est émouvant et époustouflant. La photographie de Sacha Vierny rappelle celle d'Henri Alekan de La Belle et la bête avec toute une gamme de gris aplanie par une sorte de léger brouillard. l'univers de Pierre Klossovski, au contraire du Roberte de Pierre Zucca, n?est jamais épousé à la lettre. Raoul Ruiz a su s'en éloigner pour mieux en atteindre le corps, l'esprit, l'âme. En quelque sorte, elle en est son commentaire.

    Reste à espérer que ce film qui a gagné un à un ses défenseurs et ses admirateurs au fil des festivals : Cannes, Paris, Rotterdam, Berlin (on est passé de l'ignorance cannoise à la consécration berlinoise) saura conquérir le public qu'il mérite. Preuve qu'un film, qui est autre chose qu'un produit de consommation courante, doive attendre « son heure » après une période plus ou moins longue d'incubation où tout un réseau, en partie souterrain (le bouche à oreille, une critique « éclairée ») se met en marche pour porter le film à son destinataire : un public exigeant, prêt à recevoir toutes sortes d'émotions. Surprise, étonnement, amusement, satisfaction.
    Vous dites ?
    Force de l'intelligence.

    © Gérard Courant, "Cinéma 79" n°245, mai 1979.

    ---

    Conception du film

    Le film repose entièrement sur l'univers esthétique de Pierre Klossowski, sans le citer explicitement sinon au générique de fin. A l'exception des rares interventions du visiteur, le film est donc la conférence d'un unique personnage, désigné par la voix off comme « le collectionneur ». Les tableaux vivants sont interprétés par une trentaine de figurants qui restent muets et le plus souvent immobiles jusqu'à la longue séquence de conclusion, après la résolution de l'énigme et clôturant le film dans une ambiance onirique qui tranche avec le réalisme clinique de l'enquête. Non sans ironie peut-être, Raul Ruiz1 jugeait ce film en avance de plus de 20 ans sur la mode Da Vinci code, mais on peut aussi penser au roman d'Arturo Perez-Reverte, Le Tableau du maître flamand. L'énigme des tableaux est faite pour être divertissante : riche de ramifications et d'éléments aussi nombreux que variés, avec une abondance de symboles, de références et d'allusions. Volontairement, certains éléments resteront implicites, Ruiz ayant multiplié les indices et les clins d'œil confidentiels. Dans un entretien ultérieur1, le cinéaste en donne lui-même cet exemple : l'un des personnages qui apparaît fugitivement est censé figurer Friedrich Nietzsche dans une posture inhabituelle ; pourtant à aucun moment le philosophe n'a été évoqué. Le réalisateur dira avoir délibérément inséré ce détail par jeu, pour agacer Pierre Klossowski. Leur projet initial était une adaptation de son roman "Le Baphomet". Devant la difficulté, Ruiz y renonça rapidement. Modifiant le projet, il choisit d'en faire un documentaire poétique sur le système philosophique de Klossowski, en utilisant les grands thèmes de son univers esthétique : les tableaux vivants, le bain de Diane, les templiers, le Baphomet. Il écrivit seul -mais avec l'appui d'un Klossowski coopérant- le scénario de ce qui était alors intitulé Tableaux vivants. Quant à l'esprit général de l'histoire, si le réalisateur déclare s'être inspiré de Raymond Roussel, on peut imaginer d'autres influences, comme celles de Borges ou Chesterton. Par ailleurs il avait souhaité que le rôle du collectionneur soit tenu par Klossowski lui-même. Ce dernier refusa, à la demande de Pierre Zucca qui, préparant alors le tournage de Roberte à partir de sa trilogie des Lois de l'hospitalité, désirait conserver intact pour son film l'investissement de Klossowski à l'écran.

    Production et diffusion

    En 1978 la direction de l'Institut National de l'Audiovisuel se montrait soucieuse d'élargir son audience et de prendre quelque distance avec la confidentialité d'une production marquée par l'expérimentation et l'hermétisme. Ainsi fut créée la collection Caméra Je, destinée à produire des œuvres audiovisuelles qui, tout en gardant une forte part intellectuelle, parviendraient à intéresser un public élargi. L'Hypothèse du tableau volé et La Vocation suspendue furent produits dans ce cadre, avec des moyens excédant largement ceux qu'il est d'usage de réunir pour des films confidentiels. Outre ces deux films de Raul Ruiz, parmi les productions de Caméra Je en 1978 et 1979, on trouve Les Lieux d'une fugue de Georges Perec, Les Indiens sont encore loin de Patricia Moraz, L'affiche rouge de Frank Cassenti, Le Fils puni de Philippe Colin, Les Enfants du placard de Benoît Jacquot, Flammes d'Adolfo Arrieta.

    La sortie du film sur les écrans parisiens eut lieu pendant le premier semestre 1979 dans quelques salles dont le cinéma Le Seine où il put demeurer à l'affiche plusieurs semaines. Il fut diffusé à la télévision française dans la programmation d'été 1979, en deuxième partie de soirée comme les autres productions de Caméra Je.

    Source : Wikipedia

    Générique détaillé (11)

    Auteur de l'œuvre originale :

    Pierre Klossowski

    Voix :

    Gabriel Gascon

    Ingénieur du son :

    Xavier Vauthrin

    Monteur :

    Jorge Arriagada

    Décorateur :

    Bruno Beaugé

    Mixeur :

    Jean-Claude Voyeux

    Scénaristes :

    Raoul Ruiz, Pierre Klossowski

    Directeur de la photo :

    Sacha Vierny

    Cadreur :

    Maurice Perrimond

    Assistante monteuse :

    Anita Perez

    Costumière :

    Rosine Venin

    Mentions techniques

    Long métrage

    Genre(s) :

    Fiction, Expérimental

    Thèmes :

    Peinture

    Langue de tournage :

    Français

    EOF :

    Inconnu

    Nationalité :

    100% français

    Année de production :

    1978

    Sortie en France :

    04/04/1979

    Durée :

    1 h 5 min

    Etat d'avancement :

    Sorti

    Agrément :

    Inconnu

    Type de couleur(s) :

    Noir & blanc

    Affiches (1)

    Réalisateur

    Sélections en festivals

    Festival international du film de Rotterdam - 2004

    Festival international du film de Rotterdam (Pays-bas, 2004)

    Sélection

    Rétrospective Raoul Ruiz