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Une visite

Une visite

Un Court métrage de François Truffaut

Année de production : 1954

  • Sommaire

Acteurs (4)

Synopsis

Un jeune garçon cherche une chambre à louer. Il s'installe dans l'appartement d'une jeune femme à qui son beau-frère confie sa petite fille à garder.

Propos

Circonstances du tournage, par Philippe Azoury

Tourné avec des copains dans un appartement prêté pour l’occase, Une visite est le tout premier film de Truffaut : déjà un ballet amoureux. Mais renié par son auteur, jamais vu… ou presque.

Janvier 1954 : à l’exception de l’aîné Rohmer (fort de quatre courts métrages inaboutis), aucun des futurs jeunes turcs (Godard, Rivette, Chabrol) n’a encore franchi le pas de la réalisation. Truffaut, qui se sent pousser des ailes, profite de l’été pour donner l’exemple en tournant presque clandestinement Une visite, son premier court.

Pris d’une pressante envie de filmer, c’est dans l’urgence qu’il écrit à Rohmer : “Vieille canaille, ami escroc, fripouille mon frère… Il vous faut me prêter sans retard tout ce qui en votre réduit ressemble de près et loin à du matériel de cinéma : lampes, bols, fils, pellicule, argent, etc.” Est-ce en hommage à Renoir (pour qui un film se montait comme un mauvais coup) que Truffaut prend ce ton de complot ?

Une visite se tournera rue de Douai dans l’appartement de Jacques Doniol-Valcroze, le rédac’ chef des Cahiers. Florence Doniol-Valcroze, sa petite fille de 2 ans, est l’un des quatre personnages du film avec Jean-José Richer, critique aux Cahiers, Francis Cogagny et Laura Mauri, qui fut, de 1954 à 1956, la petite amie de Truffaut. La “production” est confiée à Robert Lachenay, l’alter ego de toujours.

Rivette, dégottant la caméra 16 mm, sera le cadreur de ce qui aurait dû être le premier coup de lance de la Nouvelle Vague : un truc fauché de 12 minutes, muet, sans aucun intertitre, tourné avec des amis dans un appartement prêté pour l’occasion.

Or, il est (presque) impossible aujourd’hui de voir ce premier film pourtant achevé, mais aussitôt condamné par son auteur qui, le trouvant indigne, ne le signera même pas. Truffaut le remisera dans un placard en même temps que ses prétentions de cinéaste.

Il ne tournera à nouveau que trois ans plus tard et ne montrera jamais Une visite… jusqu’en 1982 lorsque, retrouvant la bobine, il en fit tirer une copie 35 mm et la projeta un soir comme on projette un film de famille. Rivette loua la dignité de ses nombreux mouvements d’appareils et Florence Doniol-Valcroze se revit petite fille.

Tout film est un documentaire sur son propre tournage, non ? Mais qui, dans l’assistance, aurait osé dire au cinéaste du Dernier métro que sur l’essentiel, son cinéma n’avait guère changé depuis, juste gagné en assurance et en musicalité. A la vérité, ce document anxieux dressait une carte de visite tout à fait potable ­ jusque dans sa maladresse et sa précipitation.

Car le film, se défiant de toute temporalité, aligne sportivement 54 plans en 12 minutes de film. C’est énorme, cela tient de la goinfrerie. Les portes s’ouvrent et se ferment sans cesse comme dans un Lubitsch. Le style est mal emporté, fiévreux, à l’image du héros de cette ronde sentimentale en chambre : un jeune décoiffé, un lunetteux burlesque engoncé dans un costume-cravate. Bref, un Truffaut 54 qui entre brusquement dans une cabine de téléphone pour répondre à une annonce de chambre à partager avec une fille. En visitant l’appartement de sa jolie colocataire, il se répand sur le sol en trébuchant sur sa valise. L’affaire est mal entamée, mais la fille minaude dans sa robe flottante. Osmose ?

C’était sans compter sur la visite surprise d’un type en lunettes noires, l’air très sûr de lui (son ex ?), tenant dans ses bras une fillette (la leur ?). Passé les mondanités d’usage, l’empoté se cache dans la salle de bains. Le dragueur tente sur la fille un tour de séduction ridicule en faisant la “locomotive à vapeur” avec une cigarette (truc que l’on retrouvera plus tard dans Jules et Jim) et essaie vite de l’embrasser.

Voyant le crâneur ne rien obtenir, le timide tente à son tour sa chance. Et se ramasse tout autant. Les deux hommes fuient ensemble, rejoignant la place Blanche et sa nuit, abandonnant la jeune femme, à la fois excédée et virginale. La caméra recule, la laissant toute à ses (res)sentiments, loin de la lâcheté des garçons. A 22 ans, le sensible Truffaut tirait sa première photographie amère du ballet amoureux : un portrait de femme en fille-mère, un enfant mêlé à des tours de séduction, un début de psychanalyse filmée autour d’un lien familial défait que son cinéma ne cessera de creuser. Le film étouffe parfois, mais trouve dans les deux plans documentaires arrachés à la nuit de Pigalle une béance incroyable, préfigurant de dix ans l’exploration de la misère sexuelle qu’entreprendra un Jean Eustache. Si en 1954 Truffaut n’avait pas encore rencontré Jules et Jim, on perçoit mieux sur ce schéma castré d’un trio amoureux ce qui le happera à la lecture du roman de Roché. Mais ce qui ne cesse d’étonner ceux qui ont vu une fois ce court métrage incunable, c’est la présence si tôt affirmée du style compressé de Truffaut, cette façon inquiète, sans doute maladroite au début mais humaine, d’accélérer un plan ­ tout un art auquel Luc Moullet a fini un jour par donner un titre d’une vue et d’une cocasserie indépassables. Souvenez-vous, ça s’appelait “Bourrage et emballement chez François Truffaut”.

© Philippe Azoury

Source : lesinrocks.com

Photos

Générique détaillé (4)

Producteur :

Robert Lachenay

Directeur de la photo :

Jacques Rivette

Scénariste :

François Truffaut

Monteur :

Alain Resnais

Mentions techniques

Court métrage

Genre(s) :

Fiction

Langue de tournage :

Muet

Autre pays coproducteur :

France

EOF :

Inconnu

Nationalité :

100% français (France)

Année de production :

1954

Durée :

12 min

Formats de production :

16 mm

Type de couleur(s) :

Noir & blanc

Format son :

Muet